Bref, me voilà bloqué dans ce "trou" d'Amazonie : "trou-à-rats", "trou-du-cul du monde", "trou perdu", à quelques 12-13h de bateau de Yurimaguas et 36-40 d'Iquitos. Soit. Alors j'en profite pour laver mon linge qui commençait sérieusement à sentir la mort, ou plus précisément un doux et savoureux mélange d'humidité, de sueur et d'anti-moustique puant. Ensuite, je rencontre sur le port un péruvien à la dérive, comme moi. Originaire d'Iquitos, lui aussi attend désespérément un bateau. Il va rater son anniversaire en famille et celui de son fils, le lendemain. Or ça fait plus de 2 mois qu'il n'est pas rentré. On discute un bon moment avant de convenir de se jeter quelques bières fraîches ensemble le soir, pour fêter son anniv' malgré tout. Enfin et surtout, je me mets en quête d'apprendre à aimer ce "trou" afin d'en sortir quelque chose de positif. Images insolites ou anecdotes à raconter.
En fait, ce n'est pas bien difficile tant Lagunas prend des allures de "Far West". Village fantôme. Atmosphère de désolation. Longues rues désertes en journée, écrasées par un soleil de plomb et une chaleur digne d'un western. Clint Eastwood n'est pas loin. Bicoques en bois, branlantes. Policiers armés jusqu'aux dents : pistolet et chargeurs à la ceinture, fusil-mitrailleur en bandoulière.
"Far West".
Hier soir, j'écoute une conversation entre le patron de l'auberge, très sympa, et 2 locaux, à propos de l'absence de banque à Lagunas et des voyages à risque jusqu'à Yurimaguas : 15 à 20 heures de bateau (c'est évidemment plus long à contre-courant) avec l'argent de plusieurs mois de travail scotchée sur les jambes ou les bras, et la peur au ventre de se faire dépouiller.
"Far West".
Et pour finir "en beauté", sur le port, une vieille femme aux allures de sorcière, édentée et ridée au possible, me demande si je ne veux pas lui acheter... un enfant !?! Eh non, je ne lui ai pas demandé le prix. Simplement répondu sur le ton de l'humour (après un instant de sidération), que j'avais déjà du mal à m'occuper de moi-même, et qu'étant nomade permanent pendant plusieurs mois, l'enfant ne serait pas très heureux avec moi. Rien ne sert de s'offusquer sinon induire un malaise ou une tension... et cette situation pouvait se présenter.
Devant moi, un gamin (l'enfant en question?) joue aux billes dans la poussière, sans billes mais avec des capsules de bouteilles. Et lui me propose peu après de me vendre... un singe. Même réponse.
"Far West".
Donc Lagunas : un dépaysement, des rencontres et anecdotes à raconter. Et je finis par apprécier mon séjour dans ce village. L'avant dernier soir, je file au port et assiste à un coucher de soleil somptueux sur le fleuve Huallaga. Ça suffit à mon bonheur et à me faire oublier l'attente. Devant mon émerveillement, face à cette lumière rougeoyante qui met le feu au fleuve comme au ciel, un commerçant m'aborde de façon désintéressée. Après 2 ans à Cusco-la-touristique, c'est devenu mon critère de sympathie ou au contraire d'éloignement. Après quelques photos qu'il demande à voir, je m'installe à son comptoir, savourant une bière bien fraîche et le spectacle du soir. Il est curieux et on discute une bonne heure, noyés dans un nuage de moustiques et la moiteur de la nuit.
Alors troquer Iquitos pour Lagunas a finalement son charme, aussi surprenant que cela puisse paraître. Le tout est d'arriver à le percevoir. Et pour l'avion, il reste encore un petit espoir, si un bateau express part ce lundi d'Iquitos pour la frontière Pérou-Colombie-Brésil. Mais impossible d'obtenir une information fiable pour le moment. On verra.
| La discothèque locale |
Au port.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire